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Djelloul Chetouane dans « Africa News » : le Mali au bord du gouffre, du carburant à la guerre identitaire

Djelloul Chetouane dans « Africa News » : le Mali au bord du gouffre, du carburant à la guerre identitaire

Le Mali au bord du gouffre : de la crise du carburant à la guerre contre l'identité

Par Djelloul Chetouane, président du Bloc Hisn Al-Mateen

La situation au Mali n'est plus une simple crise passagère ni un conflit classique entre un État et des groupes armés. Ce que nous observons aujourd'hui est une désintégration méthodique de l'État, un effondrement du contrat social, et la transformation du pouvoir militaire à Bamako en machine de guerre dirigée contre son propre peuple sous prétexte de « lutte antiterroriste ».

Cette guerre, soutenue par des mercenaires étrangers, vise à effacer les composantes identitaires du pays et à piller ses richesses dans le silence complice d'une partie de la communauté internationale. Les avertissements répétés appelant les ressortissants étrangers à quitter le Mali constituent une reconnaissance implicite de la mort clinique de l'État malien.

1. L'étincelle de l'effondrement – blocus économique ou échec politique ?

Depuis septembre 2025, un blocus imposé par le groupe JNIM paralyse les grandes villes du Mali. Mais réduire la crise à ce seul facteur serait une erreur d'analyse : elle a mis en lumière l'impuissance du conseil militaire et la perte totale de contrôle de l'appareil d'État. L'échec de l'armée malienne, soutenue par des contingents russes, à sécuriser les convois humanitaires et logistiques révèle non seulement un effondrement stratégique, mais aussi une possible instrumentalisation politique du chaos pour justifier une répression massive dans le Nord du pays.

2. Une guerre contre les civils – les drones comme instrument du nettoyage ethnique

Les bombardements ciblant des populations civiles à Gao, Kidal et Tombouctou constituent une campagne systématique de terreur. D'après les données du projet ACLED, 65 % des victimes recensées en juillet 2025 sont des civils, et 95 % des frappes aériennes depuis 2023 ont touché des zones habitées sans lien avec les groupes armés. Le recours aux drones « Bayraktar » turcs et à la logistique militaire russe fait du Mali un théâtre de crimes de guerre. La tragédie du 24 octobre 2025 à Tombouctou, où une famille entière a été décimée par une frappe de drone, illustre la brutalité aveugle du régime de Bamako.

3. L'or de l'Azawad – le véritable moteur du conflit

Derrière les discours sécuritaires se cache la guerre pour le contrôle des ressources. Le cas de la mine d'or d'Intahaka est révélateur : l'armée malienne a expulsé les orpailleurs locaux pour céder le site à la société « SOREM Mali ». En réponse, le groupe JNIM a pris le contrôle du gisement. Selon les acteurs de l'Azawad, cette politique vise à financer les mercenaires russes en échange du transfert illégal des richesses naturelles. La junte de Bamako transforme ainsi la guerre en mécanisme d'enrichissement, alimentant une économie parallèle bâtie sur le sang et l'or.

4. Une résistance renouvelée – la montée du Mouvement de libération de l'Azawad

Face à cette dérive, le Mouvement de libération de l'Azawad (MLA) émerge comme une force politique et militaire disciplinée. Ses actions ciblées, notamment l'attaque de la base de drones à Kidal, témoignent d'une stratégie maîtrisée. Mais c'est surtout son discours, porté par des figures comme Abdelkrim Ag Matava, qui marque un tournant : la lutte n'est plus un simple soulèvement armé, mais un combat légitime pour la dignité et l'autodétermination. La désertion du soldat Ag Houkatani, après l'assassinat de son oncle par ses camarades, illustre la fracture morale et identitaire au sein même de l'armée malienne.

5. Reconnaître la nouvelle réalité

Ce chaos est le résultat d'une politique de déni, d'exclusion et de mépris menée depuis des décennies. Le régime actuel n'a ni vision d'État ni projet national, seulement une obsession du pouvoir et de l'argent. La communauté internationale ne peut plus se contenter de déclarations prudentes : elle doit cesser de soutenir un régime discrédité et reconnaître la légitimité de la cause azawadienne, qui incarne aujourd'hui la lutte pour la justice et la souveraineté au Sahel.

La vision du Bloc Hisn Al-Mateen : l'Accord d'Alger, seul horizon pour la paix

Au milieu de ce naufrage, nous réaffirmons avec conviction que le retour à l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger (2015) constitue l'unique voie de salut pour le Mali. Cet accord reconnaît la nature politique et identitaire du conflit et propose une feuille de route claire :

  • la décentralisation réelle du pouvoir ;
  • l'intégration des populations du Nord dans les institutions ;
  • une répartition équitable des ressources ;
  • le respect des particularités culturelles et sociales de l'Azawad.

Le rejet de cet accord par la junte est la faute originelle à l'origine du désastre actuel. Tout processus de paix crédible doit impérativement passer par Alger, garante historique du dialogue et de la stabilité régionale.

Conclusion

Deux chemins s'offrent désormais au Mali : revenir à la sagesse de l'Accord d'Alger, ou s'enfoncer dans la spirale du sang et du chaos. L'histoire jugera ceux qui auront choisi la guerre au lieu de la raison.

Fait à Alger, le 27 octobre 2025
Djelloul Chetouane, président du Bloc Hisn Al-Mateen

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