Djelloul Chetouane à Africa News : « Nous sommes conscients du danger des campagnes d’incitation au Sahel »

Nous sommes fiers de publier aujourd’hui un entretien avec M. Djelloul Chetouane, président du Bloc Hisn Al-Mateen, paru dans le quotidien Africa News. Un entretien riche et complet consacré aux questions d’actualité au Sahel et dans le Grand Sud, qui met en avant le rôle pionnier de la société civile dans le renforcement de la stabilité nationale.
Nous remercions tous ceux qui ont contribué à ce travail et assurons que l’Institution continuera d’accomplir sa mission avec engagement et responsabilité.
L’entretien :
Face aux mutations régionales rapides que connaît le Sahel africain, la société civile joue un rôle croissant dans la stabilité et la sensibilisation des citoyens, en particulier dans les zones frontalières confrontées à des défis sécuritaires et humanitaires. Parmi les acteurs actifs dans ce domaine figure l’Institution « Bloc Hisn Al-Mateen », qui a lancé l’initiative de « veille citoyenne de sensibilisation » dans les wilayas du Grand Sud. Nous avons interrogé son président, M. Djelloul Chetouane.
Q : Quelle est l’origine de l’initiative de « veille citoyenne de sensibilisation » que vous avez lancée récemment dans le Grand Sud ?
R : Elle est née à un moment sensible pour la région, notamment après l’incident du drone abattu au Mali et les provocations diplomatiques qui ont suivi. En tant que société civile nationale, nous avons compris la nécessité d’être sur le terrain, non seulement pour sensibiliser, mais aussi pour accompagner le citoyen, car la stabilité ne se construit pas par les seules institutions officielles, mais aussi par un citoyen conscient de son rôle.
Q : Quelles régions sont concernées et comment la population a-t-elle réagi ?
R : L’initiative a couvert les wilayas d’Adrar, Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar et Tindouf, véritables portes frontalières de l’Algérie, au cœur des mutations du Sahel. Nous y avons travaillé avec toutes les catégories de la société — jeunes, anciens, femmes, associations — et constaté une réponse positive, car il existe une réelle soif d’initiatives civiles sérieuses dans ces régions.
Q : Comment s’est faite la coordination avec les acteurs locaux ?
R : À plusieurs niveaux. Localement, nous sommes en contact direct avec les comités de sages, les notables et les associations, les plus proches du citoyen. Au niveau national, nous nous coordonnons avec l’Observatoire national, institution consultative, dont nous utilisons la plateforme électronique pour transmettre nos propositions, intégrées ensuite aux réflexions nationales. Cette méthode ouvre la voie à des approches participatives où la voix de la société civile est entendue.
Q : Que pensez-vous de la situation actuelle aux frontières sud, notamment à Tinzaouatine ?
R : Ce que nous observons à Tinzaouatine et dans d’autres zones frontalières montre l’ampleur de la pression liée à la fragilité régionale, notamment au Mali et au Niger. L’afflux de réfugiés et les menaces transfrontalières exigent une mobilisation nationale globale. La société civile joue un rôle essentiel dans la réponse sociale, par des caravanes humanitaires comme par la sensibilisation et la coordination avec les autorités locales.
Q : Les jeunes ont-ils joué un rôle important dans cette initiative ?
R : Absolument. Les jeunes sont la force vive de la société civile. À Adrar, par exemple, nous avons constaté un fort engagement de jeunes instruits et imprégnés d’esprit national, qui ont joué un rôle clé dans l’encadrement des activités et l’animation des rencontres. Nous travaillons à former des élites locales de jeunes capables de plaider pour leurs régions, de contribuer au développement et de contrer les idées destructrices.
Q : Certains présentent le Bloc comme un parti politique, notamment après son soutien à des listes indépendantes lors des dernières élections. Que leur répondez-vous ?
R : Notre identité est purement associative ; refuser la partisanerie ne signifie pas se retirer de l’action politique nationale, bien au contraire. Nous croyons que la société civile peut être un pont entre le citoyen et les institutions, et entre les élites politiques et sociales. Notre soutien à certaines listes indépendantes procède de cette logique : appuyer des compétences nationales intègres porteuses d’une vision, sans lien avec des projets partisans. Quant à l’initiative de « rassemblement social », elle était une lecture anticipée de la nécessité d’un consensus national ; elle a réuni de grandes forces comme le FLN, le mouvement El Bina et TAJ, ainsi que des personnalités nationales. Les directions de ces partis nous ont reçus officiellement, ce qui a été perçu comme un tournant dans la relation entre société civile et classe politique.
Q : Dans le contexte des tensions au Sahel, certaines parties, notamment à l’étranger, cherchent à exploiter les événements sécuritaires et humanitaires, en incitant contre l’Algérie ou en tentant de diviser la société azawadie, en particulier dans des wilayas comme Bordj Badji Mokhtar qui accueillent de nombreux réfugiés. Comment le Bloc a-t-il fait face à ces défis ?
R : Nous sommes pleinement conscients du danger de ces campagnes d’incitation qui exploitent la fragilité du Sahel. Les parties qui agissent depuis l’étranger pour semer la discorde, en attisant les divisions au sein de la société azawadie ou en amplifiant la question des réfugiés à Bordj Badji Mokhtar, visent clairement la stabilité nationale. Notre position a été claire : intensifier la sensibilisation sur le terrain, travailler avec les comités de sages et les anciens, et soutenir les initiatives de réconciliation locale. Nous avons aussi lancé une série de rencontres directes avec les acteurs locaux, en particulier les jeunes, pour les prémunir contre les discours d’incitation. L’unité sociale est la première ligne de défense de la sécurité du Grand Sud, et notre devoir est d’être en première ligne, aux côtés des institutions de l’État.
Q : Un dernier mot ?
R : Le Sud n’est pas une simple zone de transit ou de frontière : c’est le poumon stratégique de l’Algérie. Sa protection ne passe pas seulement par les services de sécurité, mais aussi par une société civile forte, organisée et consciente de ses responsabilités. En activant les partenariats nationaux et en valorisant les compétences locales, nous pouvons bâtir dans le Grand Sud un modèle civique national exemplaire, source d’inspiration pour tout le pays.
Une seule patrie, une seule nation, une histoire et un destin communs



